SOCIÉTÉ

Gouverner par la crise : Pourquoi le Gabon attend-il l’urgence pour agir ?

L’annonce spectaculaire de la régularisation de plus de 10 000 dossiers d’enseignants, intervenant juste après l’annonce d’une grève illimitée, soulève une question qui hante l’opinion publique : l'État gabonais est-il condamné à n'être qu'un « pompier » social, incapable d'anticiper les incendies qu’il voit pourtant couver depuis des années ?

Le timing est presque trop parfait pour ne pas susciter de l’ironie. Le samedi 10 janvier 2026, les enseignants se réunissent à Martine Oulabou pour acter un blocage total du système éducatif. Quatre jours plus tard, le gouvernement sort de son chapeau des chiffres massifs : 4 000 régularisations immédiates, des mises en solde par centaines et la fin du bénévolat pour près de 2 000 agents. Si ces mesures sont salutaires, elles mettent en lumière un dysfonctionnement systémique : l’incapacité à agir sans la pression du rapport de force.

Pourquoi attendre que les salles de classe se vident pour traiter des dossiers connus depuis 2021, voire avant ? Cette gestion « au bord du gouffre » a un coût politique et social immense.

L’érosion de la confiance : À force de ne réagir qu’en période de crise, les autorités envoient un message dangereux : « Seule la menace de grève fait bouger les lignes ».

La fragilisation de l’économie : Chaque jour de grève est une perte sèche pour le capital humain du pays.

Le traumatisme administratif : Traiter des milliers de dossiers dans l’urgence augmente le risque d’erreurs, de doublons ou d’oublis, là où une gestion lissée sur l’année aurait été plus sereine.

L’autre grande interrogation qui alimente les discussions dans les salles de professeurs est celle de la matérialisation. Entre l’annonce politique faite sur un podium et le virement bancaire effectif à la fin du mois de février 2026, il y a un fossé que beaucoup craignent de voir se transformer en nouveau mirage.

Le gouvernement, par la voix d’Hermann Immongault, a promis de la transparence. Mais pour que ce ne soit pas un « mythe« , l’exécutif doit maintenant prouver que les finances suivent les promesses. Injecter des milliards dans le social n’est pas qu’une question de volonté politique ; c’est une équation budgétaire complexe qui demande une rigueur chirurgicale.

Le Président Brice Clotaire Oligui Nguema a fait de la « restauration de la dignité » son leitmotiv. Mais la dignité d’un fonctionnaire commence par la reconnaissance automatique de ses droits, sans qu’il ait besoin de descendre dans la rue pour les réclamer.

Le défi pour la période post-janvier 2026 sera de transformer ces cellules de crise en comités de veille permanente. Si le secteur de la santé est le prochain sur la liste, comme l’a annoncé le Vice-président, le gouvernement ferait mieux d’agir dès maintenant, avant que les blouses blanches ne rejoignent les enseignants sur le chemin de la contestation.

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