Gabon : L’hécatombe routière de fin d’année, le prix de l’insouciance et du profit
Alors que le pays s'apprête à célébrer le passage à la nouvelle année, les routes gabonaises se transforment une nouvelle fois en un théâtre de désolation. Entre défaillances mécaniques, quête effrénée du profit et incivisme caractérisé, le bilan humain s'alourdit, jetant un voile de deuil sur les festivités nationales.
Le dernier drame en date, survenu à la hauteur d’Essassa au PK19, reste encore dans tous les esprits. Une collision d’une rare violence impliquant un transporteur de passagers et un poids lourd a coûté la vie à plusieurs de nos concitoyens, laissant des familles entières dans le désarroi. Ce scénario macabre, se répètant avec une régularité révoltante chaque mois de décembre, soulève une question de fond : pourquoi la route continue-t-elle de tuer autant au Gabon malgré les campagnes de sensibilisation ?
En cette période de forte affluence, où des milliers de Gabonais quittent les centres urbains pour rejoindre l’hinterland, la demande en transport explose. Pour certains transporteurs, cette opportunité économique prime sur la sécurité élémentaire. On assiste alors au phénomène des « mercenaires de la route » : des chauffeurs multipliant les rotations sans respecter les temps de repos nécessaires.
Cette course au gain pousse à l’excès de vitesse et au dépassement dangereux. Pour ces conducteurs, chaque minute gagnée représente une recette supplémentaire, mais au prix d’un risque mortel. La surcharge des véhicules, pratique courante pour maximiser les profits d’un seul voyage, vient aggraver la situation en compromettant la stabilité des engins et l’efficacité des systèmes de freinage.
L’enquête technique sur les récents accidents pointe du doigt un facteur récurrent : l’état mécanique déplorable des véhicules de transport. Des pneus lisses, souvent « rechapés » de manière artisanale, éclatent sous l’effet de la chaleur et de la vitesse, rendant le véhicule incontrôlable.
Malgré les contrôles techniques obligatoires, de nombreux « cercueils roulants » continuent de circuler sur nos axes principaux. La complaisance de certains propriétaires de véhicules, qui privilégient les économies d’entretien au détriment de la vie humaine, est ici directement mise en cause. La route nationale, avec ses zones d’ombre et ses dégradations localisées, ne pardonne aucune défaillance technique majeure à vive allure.
Au-delà des aspects techniques et économiques, l’aspect comportemental reste le principal déclencheur des tragédies. L’euphorie des fêtes s’accompagne trop souvent d’une consommation excessive d’alcool chez les conducteurs. Prendre le volant sous l’empire d’un état alcoolique n’est plus une simple infraction, c’est une mise en danger délibérée d’autrui.
L’incivisme routier se manifeste également par le non-respect du code de la route, les dépassements en troisième position et l’usage du téléphone au volant. Ce relâchement de la vigilance, combiné à l’état de fatigue des chauffeurs en fin d’année, crée un cocktail explosif dont les passagers sont les premières victimes.
Face à ce constat alarmant, les autorités sont appelées à passer de la sensibilisation à la répression sévère. Le renforcement de la présence des forces de sécurité sur les points noirs du réseau routier est une nécessité absolue. Les contrôles ne doivent plus se limiter à la vérification des documents administratifs, mais s’étendre à l’état réel des pneumatiques, à la détection de l’alcoolémie et au respect des capacités de charge.
La sécurité routière est l’affaire de tous. Si le chauffeur est le premier responsable, le passager a le devoir d’interpeller, voire de signaler aux forces de l’ordre tout comportement déviant. En cette période de fin d’année, l’objectif ne doit plus être d’arriver vite, mais d’arriver vivant. La vie des Gabonais ne saurait être le prix à payer pour l’imprudence et la cupidité de quelques-uns.




