SOCIÉTÉ

Trans’Urb : L’ambition sur les rails, la réalité sur le tarmac

L'annonce de nouvelles dessertes Trans’Urb vers des villes clés comme Tchibanga, Oyem, Bitam et Makokou a, à juste titre, suscité une vague de satisfaction chez les usagers de la route.

L’initiative, portée avec ferveur par le Ministère des Transports, de la Marine Marchande et de la Logistique, promet un accès simplifié à la capitale, des trajets réguliers, modernes et sécurisés, le tout dans une optique de cohésion territoriale et de développement économique. Des avancées louables la positionnant comme un acteur déterminant dans l’amélioration de la mobilité terrestre.

Cependant, à l’heure où le discours officiel peint un tableau idyllique de la mobilité gabonaise, une ombre bien concrète vient ternir ce tableau : le parque automobile semble dramatiquement sous-dimensionné pour répondre à l’ampleur de ses nouvelles ambitions. Si l’on en croit les retours du terrain, seules cinq à huit unités de bus auraient été déployées pour desservir ces quatre destinations interurbaines. Une donnée qui, dans le contexte actuel, relève plus de l’insuffisance criante que de l’optimisation.

L’été, période par excellence où les déplacements familiaux et touristiques s’intensifient, voit déjà une demande naturellement plus forte. Accroître la visibilité et l’attrait en ouvrant de nouvelles routes sans pour autant renforcer proportionnellement le nombre de véhicules à disposition, s’apparente à une promesse en trompe-l’œil. Les usagers, déjà contraints de prévoir leurs déplacements bien à l’avance, se retrouvent face à des taux de réservation élevés et des places rapidement épuisées. L’accès simplifié se transforme alors en une course d’obstacles, minant l’objectif de fluidité et de confort promis.

Plus préoccupant encore, l’approche imminente des campagnes électorales pour les législatives et les locales de septembre prochain ajoute une couche supplémentaire d’inquiétude. C’est une période où la mobilisation des citoyens et des responsables politiques bat son plein, engendrant une demande de transport accrue et souvent urgente. Un parc automobile limité, déjà sous pression en temps normal, sera fatalement débordé. Les indicateurs risquent de se retrouver face à une offre inadaptée aux besoins réels, voire inexistante lors des pics de fréquentation.

Le Ministre d’État, Ulrich MANFOUMBI MANFOUMBI, a beau qualifier ce lancement de « décisif » pour un réseau de transport « plus performant et inclusif », la réalité sur le terrain semble contredire cette vision. Transformer la mobilité en un « droit accessible à tous » implique, par définition, de disposer des moyens nécessaires pour satisfaire le plus grand nombre.

L’enthousiasme doit être soutenu par une capacité logistique conséquente. Se contenter d’ouvrir des lignes sans assurer une flotte adéquate, c’est prendre le risque de décevoir massivement les populations et de porter atteinte à la crédibilité de l’initiative. Si l’intention derrière ces nouvelles dessertes est louable et répond à un besoin légitime des Gabonais, son application actuelle soulève de sérieux doutes quant à sa pérennité et son efficacité.

Il est impératif que les autorités compétentes procèdent rapidement à un renforcement significatif du parc automobile. Sans cela, ce projet risque de rester une belle promesse sur le papier, incapable de véritablement « emmener » les Gabonais là où ils souhaitent se rendre, et encore moins « sans les ruiner » par des attentes frustrantes et des voyages impossibles. L’heure est aux actes concrets pour que la mobilité devienne un droit effectif, et non un simple slogan.

Les tarifs pour vos déplacements dans les quatre nouvelles destinations © DR

Articles similaires

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page