Front Uni contre la TFH : La CNR et ses Alliés Dénoncent une « Hérésie Fiscale »
Le paysage politique gabonais s’anime autour d’un mouvement de contestation d’envergure. La Coalition pour la nouvelle République (CNR), épaulée par un large front de partis alliés et amis, a lancé une offensive frontale contre la Taxe forfaitaire d’habitation (TFH). Portée par le Pr Vincent Moulengui Boukosso, cette initiative dénonce un impôt jugé injuste, illégal et totalement déconnecté des réalités sociales du pays.
Réunis lors d’une conférence de presse marquante dans la journée du mardi 16 décembre 2025 à la chambre de commerce de Libreville, les leaders de la CNR, de l’UDRP, du PGP, de Réagir et d’Ensemble pour le Gabon (EPG) ont uni leurs voix pour réclamer l’annulation pure et simple de cette mesure qu’ils considèrent comme une agression contre le pouvoir d’achat des citoyens.
Le premier angle d’attaque de la coalition concerne l’utilité réelle de la TFH dans les finances publiques. Le Pr Boukosso qualifie cette taxe d’hérésie fiscale puisque, selon les prévisions, elle ne rapporterait que 2,8 milliards de FCFA. Face à un budget de l’État colossal de 6 351 milliards de FCFA, ce montant est jugé insignifiant et ne justifie en rien la pression supplémentaire exercée sur les ménages gabonais déjà fragilisés. La coalition s’interroge d’ailleurs sur la gestion des deniers publics, rappelant que le bilan des 63 milliards de FCFA déjà alloués aux neuf provinces reste à établir avant de demander un nouvel effort financier aux populations.

L’initiative de la CNR met surtout en lumière les profondes inégalités générées par le mode de calcul de la taxe. En l’absence d’un cadastre fiable et d’une politique foncière structurée, la taxation par zone crée des situations sociales absurdes et révoltantes. À titre d’exemple, un veilleur de nuit logeant dans un modeste studio à Akanda pourrait se voir prélever 20 000 FCFA, soit exactement le même montant qu’un ancien Premier ministre résidant dans la même commune. Plus frappant encore, un enseignant du quartier Batterie 4 paierait 30 000 FCFA alors qu’un haut dignitaire du gouvernement résidant à Ozangué ne verserait que 1 000 FCFA. Pour la CNR, ce « pilotage à vue » ignore volontairement la cohabitation réelle des classes sociales au sein des mêmes quartiers.
Au-delà de l’aspect social, la CNR et ses alliés dénoncent une procédure entachée d’irrégularités majeures. Le Pr Boukosso parle d’imposture légale concernant une taxe issue de la loi de finances 2022, exhumée brusquement sans les prérequis nécessaires. Cette situation expose la SEEG à des risques de poursuites judiciaires, car l’utilisation des factures d’électricité comme support de perception violerait directement la convention de concession.

Alain-Claude Bilie-By-Nze, président d’Ensemble pour le Gabon, a renforcé cette position en pointant un vice constitutionnel flagrant. Selon lui, le vote est nul car effectué par des institutions de transition dont la légitimité et le fonctionnement actuel violent l’article 96 de la Constitution. Il fustige également l’idée de transformer la taxe d’habitation en une « taxe sur l’ampérage » de l’électricité, ce qui contredit le principe même de continuité du service public.
Plutôt que de taxer les plus vulnérables, la CNR propose une alternative concrète basée sur la réduction immédiate des dépenses de prestige. La coalition suggère de puiser dans les budgets en hausse de la Présidence de la République, du Parlement et des hautes cours, dont certains budgets ont doublé. Elle exige que le gouvernement traite d’abord les questions prioritaires du cadastre, des titres fonciers et de la justice sociale avant d’imposer de nouveaux prélèvements.

La CNR appelle le Chef de l’État à écouter la voix du peuple ayant massivement rejeté cette taxe, afin d’éviter une crise sociale majeure et de garantir la paix civile.




