FIN DE L’IMPUNITÉ ? La Transition lance son offensive judiciaire en visant la « Young Team »
Le rideau s’est levé, ce lundi 10 novembre 2025, sur le procès le plus explosif de la Transition : celui des membres de la tristement célèbre « Young Team ». Plus qu’une affaire de justice, c’est l’ère post-Bongo qui passe son premier examen de crédibilité au tribunal de première instance.
Le dispositif était à la hauteur de l’enjeu. Dès l’aube, le palais de justice de Libreville s’est transformé en forteresse militarisée, sous la surveillance de la gendarmerie et des forces d’intervention rapide. L’objectif est clair : contenir la ferveur populaire et assurer la sécurité de ce procès historique, qui doit s’étendre sur quatre jours, jusqu’au 15 novembre.
L’image est forte : des hommes qui régnaient dans l’ombre du pouvoir se retrouvent sur le banc des accusés, poursuivis pour détournements massifs de fonds publics, association de malfaiteurs et enrichissement illicite.
Parmi les prévenus, les projecteurs se braquent sur :
Ian Ngoulou, dont le nom est synonyme de dossiers controversés sous l’ancien régime.
Abdul Oceni Ossa, présenté comme le bras droit de Noureddin Bongo Valentin.
Mvourandjami Cyriaque, autre figure influente de cette coterie puissante…
Le véritable suspense, toutefois, résidait dans les chaises vides. Comme prévu, l’ancienne Première dame, Sylvia Bongo Ondimba, et son fils, Noureddin Bongo Valentin, au cœur du système incriminé, n’étaient pas présents. Ils seront jugés par contumace, conférant au verdict final une portée symbolique et politique encore plus lourde.
Mais l’ouverture de l’audience a été immédiatement ébranlée par un incident procédural majeur. L’absence de Saliou Mouhamed Ali, ancien directeur de cabinet adjoint, officiellement pour raisons médicales, a provoqué la colère des avocats de la défense. Ces derniers ont exigé la suspension immédiate, réclamant la présence physique de leur client pour garantir le droit à un procès équitable. La Cour a dû céder, suspendant les travaux. Après clarification des motifs, la procédure a repris, mais l’incident a montré la fragilité et la haute tension qui règnent dans la salle.
Au-delà des peines individuelles, ce procès est relatif à l’ancien système. En jugeant ces individus dont la jeunesse et la proximité avec le sommet de l’État symbolisaient l’opacité et l’impunité, le régime de Transition du Général Brice Clotaire Oligui Nguema cherche à démontrer la fin effective d’une époque.
L’attente populaire est immense. Les observateurs judiciaires anticipent des condamnations « historiques ». Néanmoins, la véritable victoire de la justice se mesurera à un autre paramètre : le verdict du 15 novembre prochain ouvrira-t-il la voie à une réelle restitution des biens et à une traque efficace des avoirs détournés ?
C’est sur ce point, celui des conséquences concrètes, que le Gabon joue sa crédibilité. Le jugement de la « Young Team » est un jalon qui déterminera si la promesse de rupture de 2023 n’était qu’un vœu pieu, ou le véritable point de départ d’une reconstruction institutionnelle.




