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FIFA au chevet de la FEGAFOOT : Diplomatie de façade ou opération de sauvetage ?

Le ballet diplomatique qui s'est joué à Libreville, le vendredi 6 mars 2026, a de quoi laisser perplexe. Alors que le football gabonais traverse une zone de turbulences marquée par des résultats piteux chez les jeunes et une gestion domestique erratique la visite de Gelson Fernandes, Directeur Régional des Associations Membres pour l’Afrique à la FIFA, tombe à un moment où la Fédération Gabonaise de Football (FEGAFOOT) semble plus que jamais avoir besoin d'un bouclier international.

Derrière les sourires de circonstance et les poignées de main à la FEGAFOOT, une question brûle toutes les lèvres : que cache réellement ce soudain regain d’intérêt de Zurich pour le Gabon, et pourquoi maintenant ? Officiellement, il s’agit de « renforcement des relations » et de « développement des infrastructures« . Officieusement, l’odeur du soufre n’est jamais loin. Pourquoi cette mission de travail intervient-elle précisément au moment où la pression s’accentue au sommet de la fédération ?

Historiquement, la FIFA dépêche ses émissaires dans deux cas précis : pour inaugurer des joyaux architecturaux (ce qui n’est pas le cas ici) ou pour dresser un cordon de sécurité autour d’une fédération nationale menacée par une « ingérence » gouvernementale ou une crise de gouvernance profonde. En rencontrant à la fois le ministre des Sports et Pierre-Alain Mounguengui, la FIFA semble jouer les arbitres dans un match où les règles de transparence sont souvent foulées aux pieds.

On nous reparle du programme FIFA Forward. Encore. Ce programme, censé moderniser nos infrastructures, est devenu l’alibi parfait pour justifier des réunions à répétition. Où sont les centres techniques de pointe ? Où en est la formation réelle des jeunes talents, après les naufrages successifs de nos catégories U17 et U20 ?

Parler de « développement durable » du football dans un pays où le championnat national peine à se stabiliser et où les infrastructures existantes tombent en ruine relève soit de l’aveuglement volontaire, soit d’une communication de crise bien huilée. La FIFA vient-elle auditer l’utilisation réelle des fonds ou vient-elle simplement valider des rapports d’activité que personne ne voit sur le terrain ?

La séance de travail entre Gelson Fernandes et l’équipe de Pierre-Alain Mounguengui a été présentée comme fructueuse. Pourtant, pour l’observateur averti, cela ressemble à une tentative de légitimation d’une équipe dirigeante contestée par une partie de l’opinion sportive. En affichant le soutien de la FIFA, la FEGAFOOT s’offre une immunité diplomatique : toucher à la fédération, c’est risquer les foudres de Zurich et une suspension internationale.

La « modernisation de la gouvernance » évoquée dans les communiqués officiels sonne creux. Si la gouvernance était réellement au cœur des préoccupations, les réformes structurelles ne seraient pas des promesses de « visites de travail« , mais des réalités visibles dans la gestion quotidienne des ligues et des clubs.

Cette visite laisse un goût d’inachevé. Le football gabonais n’a pas besoin de visites de courtoisie, mais plutôt d’une révolution structurelle. Tant que l’institution en charge du football mondial se contentera de valider des « projets en cours » sans exiger des comptes sur les échecs passés, le supporter restera le grand oublié de ces messes diplomatiques.

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