POLITIQUE

Les Contradictions de la Coopération France-Gabon Vues par le LRA

L’analyse de Stéphane Germain Iloko BOUSSENGUI, Président du LRA, décortique la récente visite du Président français au Gabon non pas comme un succès diplomatique unanime, mais comme un révélateur des contradictions profondes qui minent la cohérence politique et la crédibilité du Gabon. L’approche est structurée autour d’une grille de lecture en trois temps l’accueil, le séjour, le départ soulignant le décalage entre l’image projetée et la réalité interne.

L’analyse du LRA met en évidence une disharmonie frappante dès l’arrivée du Président français.

Si le protocole (ancrage culturel, mobilisation) est reconnu comme « parfaitement orchestré« , l’analyse insiste sur le fait que le « fond a pris le pas sur la forme ».

Le Président gabonais est décrit comme adoptant un ton « agacé et monotone » malgré la légitimité de ses préoccupations (partenariat « gagnant-gagnant »). En miroir, le Président français est critiqué pour son expression de « gratitude ambiguë » envers le peuple gabonais, perçue comme « inexplicable » et décalée par l’opinion publique.

Il reproche implicitement à la France de ne pas reconnaître la « maturité du peuple gabonais » face à des problèmes internes criants : une transition aux contours flous, un processus électoral contesté et une gouvernance qui n’aurait pas suffisamment rompu avec les pratiques du régime précédent. L’image d’un président gabonais « inclusif », promue par la France, est ainsi contredite par une réalité perçue d’une « inclusivité essentiellement réservée aux proches ».

Le LRA exprime une « perplexité et un malaise » face au contenu des activités du second jour, jugées inappropriées ou superficielles.

La visite conjointe de chantiers structurants (Baie des Rois, Cité Émeraude) est jugée inutile, sauf si ces projets étaient financés par le contribuable français. L’analyse suggère qu’un simple briefing ministériel aurait suffi.

Pendant ce temps, les sujets majeurs de la coopération stratégique transformation locale du manganèse, ligne ferroviaire, industrialisation auraient été « survolés, faute de temps ou de volonté ».

Même les gestes symboliques (réouverture du Centre culturel, plantation d’un arbre à la Baie des Rois) sont vus à travers le prisme critique, car ils rappellent que la Baie des Rois est un « legs le plus structurant de l’administration précédente », ne parvenant pas à « neutraliser la persistance des marqueurs du régime déchu ».

Le départ « discret, presque clandestin » du Président français renforce la perception d’une visite entachée d’une certaine opacité et d’un malaise ambiant.

La position du Président gabonais à Luanda, le LRA met en lumière le fossé entre les ambitions affichées (transformation des matières premières, innovation) et les réalités de la gouvernance nationale.

La Tribune pose la question fondamentale : comment peut-on innover et transformer l’économie lorsque les cadres de gestion n’ont pas changé ? Iloko BOUSSENGUI pointe du doigt la persistance des « mêmes responsables ayant affaibli l’appareil d’État », des « mêmes mécanismes de gestion » et des « mêmes réseaux administratifs marqués par des pratiques anciennes ».

La suspension des bourses d’études vers les pôles de formation internationaux (USA, Canada, France) est citée comme une preuve tangible de l’affaiblissement des capacités futures du Gabon, rendant illusoire toute ambition de transformation économique par des ingénieurs et techniciens gabonais.

La question de « quelles matières premières s’agit-il réellement, lorsque seul le manganèse semble occuper l’ensemble du discours ? » soulève un doute sur la profondeur et la diversification de la stratégie économique nationale.

L’analyse du LRA avance une thèse cinglante : la visite du Président Macron aurait servi de « couverture médiatique » à l’accélération de la mise en place des dernières institutions post-transition, masquant un agenda interne.

Le Gabon, au lieu de progresser vers le « pluralisme, la transparence et la gouvernance responsable », s’engagerait dans un « modèle centralisé, verrouillé et sans horizon politique clair ».

Selon son leader, la cohérence et la crédibilité du Gabon sont les prérequis indispensables pour une coopération internationale durable. Il enjoint le pays à rétablir urgemment : un cadre juridique clair, un dialogue inclusif authentique et une gouvernance stable.

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