Essassa : Entre larmes et soif de justice, l’attente insoutenable du verdict à Ntoum
Le tribunal de Ntoum est devenu, récemment, le point de ralliement d’une douleur collective. Les populations ont pris d'assaut l'enceinte judiciaire pour assister aux premières audiences correctionnelles d'un dossier hantant encore les mémoires : l’effroyable accident survenu le 29 décembre 2025 à Essassa Bissobinam. Pour les familles des victimes, ce n'est pas seulement qu’un procès en cours, mais la quête d'une reconnaissance officielle de leur calvaire.
Au cœur des débats, l’affaire opposant le ministère public au conducteur du minibus Hiace, dont la trajectoire s’est brisée sous une benne abandonnée, laissant derrière elle un bilan tragique de près de dix morts et de nombreux blessés graves. Dans une salle d’audience comble, le Procureur Roger Darnel Nguema Ondo a dressé un réquisitoire implacable, mettant en lumière une irresponsabilité notoire. Le passage des témoins à la barre a agi comme un douloureux miroir, ravivant une tristesse suffocante chez les parents et amis venus chercher des réponses.
Le procès a mis à nu les dérives d’un système souvent décrié. Le prévenu, un jeune homme d’une vingtaine d’années poursuivi pour homicide involontaire, s’est révélé être ce que le jargon local appelle un « américain », un remplaçant informel agissant hors de tout cadre légal.
Entre la vétusté d’un pneu arrière droit et une vitesse excessive, les révélations de l’audience ont exposé les failles béantes de la sécurité routière au Gabon : complaisance des visites techniques, validité des permis de conduire pour le transport en commun et absence de professionnalisation du métier de transporteur.
Pour les familles endeuillées, chaque minute de ce procès est une épreuve. Si elles savent qu’aucun verdict, aussi sévère soit-il, ne pourra ramener à la vie les êtres chers disparus, l’exigence de justice reste le seul rempart contre l’oubli. L’enjeu dépasse le simple cas individuel ; il s’agit d’envoyer un signal fort pour que de tels drames, nés de la négligence et de l’informel, ne se reproduisent plus sur nos routes.
La Présidente du tribunal de première instance de Ntoum, Julie Ntsame, a fixé le rendez-vous final à demain mardi 10 février 2026. C’est à cette date que le verdict sera rendu, mettant fin à une attente paraissant telle une éternité pour ceux ayant tout perdu dans les décombres d’Essassa. Jusque-là, le silence des familles est celui d’une dignité blessée, suspendue à la décision d’une justice dont elles espèrent qu’elle sera à la hauteur de leur immense perte.




