SOCIÉTÉ

Éducation nationale : Le syndrome du pompier ou l’éternel manque d’anticipation des autorités gabonaises

La paralysie actuelle du système éducatif au Gabon soulève une interrogation fondamentale : pourquoi l’État attend-il systématiquement que le feu couve pour tenter de l’éteindre ? Alors que les enseignants ont officiellement acté leur mouvement de grève lors de l’assemblée générale du 10 janvier dernier, les autorités entament désormais une course contre la montre pour désamorcer une crise qu’elles auraient pu, et dû, prévoir.

Le spectacle est devenu tristement classique dans le paysage social gabonais. D’un côté, des enseignants, notamment ceux dits « précarisés », qui crient leur détresse face à des conditions de vie et de travail indignes ; de l’autre, un gouvernement qui multiplie les réunions d’urgence une fois que les salles de classe sont désertées. Ce pilotage à vue est d’autant plus préoccupant que les signaux d’alerte étaient au rouge depuis plusieurs mois.

La précarité qui frappe les agents de l’Éducation nationale n’est pas une découverte récente. C’est un mal profond, documenté et dénoncé depuis des années, qui semble pourtant toujours surprendre les décideurs lorsqu’il se transforme en colère collective.

Cette absence d’anticipation interroge sur la capacité de l’administration à traiter les dossiers de fond avant qu’ils ne deviennent des foyers d’instabilité. On a l’impression que les autorités ne prennent la mesure des problèmes que lorsqu’ils menacent de paralyser l’économie ou l’avenir de la jeunesse. Or, gouverner, c’est prévoir. Laisser des milliers de formateurs dans l’incertitude administrative et financière est une stratégie risquée qui finit inévitablement par se retourner contre l’équilibre de la société.

Dans un contexte de début de gouvernance de la 5e République, le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, se retrouve face à un défi de taille. Pour garantir la stabilité de son mandat et répondre aux aspirations de restauration de la dignité des citoyens, il ne pourra plus se contenter de mesures cosmétiques ou de promesses de sortie de crise à court terme.

L’heure est à l’investissement massif dans le social. Le Chef de l’État devra injecter des milliards de francs CFA non seulement dans les infrastructures, mais surtout dans l’humain. L’amélioration concrète des conditions de vie des fonctionnaires n’est plus une option, c’est une nécessité impérieuse pour espérer une gouvernance apaisée et sans tensions majeures.

L’opinion publique observe désormais avec une vigilance accrue l’issue de ces négociations entamées dans la précipitation. Si ces réunions ne débouchent pas sur des actes forts et des engagements financiers clairs, le risque est de voir le fossé se creuser davantage entre les gouvernants et les partenaires sociaux. Le Gabon ne peut plus se permettre de fonctionner par réaction épidermique. La paix sociale a un prix, et ce prix passe par une reconnaissance réelle et chiffrée de ceux qui façonnent les élites de demain.

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