ÉCONOMIE

Affaire des biens saisis d’Opiangah : Peut-on Vaincre l’État Gabonais Devant la Justice Africaine ?

Le dépôt du mémoire détaillé par le Cabinet Bensimhon & Associés devant la Commission africaine des droits de l’Homme et des Peuples (CADHP) marque une étape décisive dans l’affaire opposant l’homme d’affaires Hervé Patrick Opiangah (HPO) à la République gabonaise. La question est désormais posée : une victoire contre l’État est-elle envisageable, et quelles en seraient les conséquences pour le Gabon ?

L’événement le plus remarquable c’est la recevabilité de la requête par la Commission africaine. Historiquement, c’est la première fois qu’une plainte visant l’État gabonais pour violation grave des droits humains franchit ce seuil. Le simple fait d’avoir passé ce filtre est un indicateur puissant.Selon les spécialistes du système africain, 96 % à 98 % des requêtes sont rejetées à ce stade. La recevabilité indique donc que les soixante-dix pièces du dossier, incluant vingt constats d’huissier, sont jugées « suffisamment étayées » et « graves » pour justifier un examen sur le fond.

Ce signal fort signifie que la Commission a pris au sérieux les allégations d’atteintes graves à la dignité, à la réputation, aux droits fondamentaux de HPO, évoquant des traitements « indignes d’un État de droit » et des « agissements arbitraires ».

La bataille qui s’ouvre désormais est celle du fond. L’État gabonais, qui sera prochainement notifié, devra produire une réponse documentée dans un délai strict pour contrer le mémoire du Cabinet Bensimhon & Associés.

La question de la victoire d’Hervé Patrick Opiangah dépendra de la solidité des preuves d’irrégularités de procédure, d’abus d’autorité et d’instrumentalisation présumée des institutions. Même face à la puissance d’un État, une victoire devant la CADHP est possible, mais elle prend une forme particulière.

Le plus souvent, la Commission émet des recommandations fermes à l’État, l’exhortant à corriger la situation, à indemniser la victime et à prendre des mesures pour prévenir de futures violations. Bien que la Commission n’ait pas de pouvoir d’exécution directe des jugements, une condamnation représente un grave préjudice d’image sur la scène internationale et engage la responsabilité morale de l’État.

Au-delà de l’issue personnelle pour HPO, cette procédure est lourde de sens pour le Gabon, actuellement en pleine transition.L’affaire pose un jalon inédit et met en lumière les lacunes dans la protection des libertés et l’indépendance judiciaire. Une condamnation pourrait entacher la crédibilité du pays au moment où il cherche à rassurer ses partenaires. L’affaire interroge également la capacité des institutions gabonaises à offrir des voies de recours efficaces en interne. Elle démontre que faute de justice nationale perçue comme impartiale, les citoyens sont contraints de s’en remettre à des juridictions extérieures.

La victoire pour Hervé Patrick Opiangah ne sera pas nécessairement un gain financier immédiat, mais plutôt l’obtention d’une reconnaissance officielle des torts subis et un précédent juridique majeur forçant l’État à revoir ses pratiques. L’issue de cet examen contradictoire sera scrutée de près comme un test de la volonté gabonaise de rompre définitivement avec les agissements arbitraires du passé.

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