ENVIRONNEMENT

Maison de l’Ivoire à Libreville : Un coffre-fort pour la biodiversité ou une opération de « Green-washing » diplomatique ?

L’inauguration, le mardi 3 février 2026, de la Maison de Stockage de l’Ivoire à Libreville se veut un tournant dans la protection de la faune gabonaise. Mais derrière les verrous de haute sécurité et les discours de conservation, le financement intégral par la France via l’Agence Française de Développement (AFD) soulève des interrogations sur les réelles motivations de Paris dans un contexte de rejet croissant de sa présence sur le continent.

Sur le papier, l’initiative est louable et nécessaire. Le Gabon, sanctuaire de l’éléphant de forêt, centralise enfin ses saisies pour assécher le marché noir. Ce bâtiment stratégique vise à mettre fin à la dispersion des stocks, source de vols et de corruption, au sein d’une industrie du crime environnemental pesant 250 milliards de dollars par an. Pourtant, le fait que cet édifice soit un pur produit de la coopération française ne passe pas inaperçu.

Alors que l’influence politique et militaire de la France s’effrite de Bamako à Niamey, et que le sentiment « anti-Françafrique » reste latent à Libreville, Paris semble avoir trouvé dans la « diplomatie verte » un nouveau levier pour maintenir son ancrage. En finançant ce projet, l’ancien colonisateur s’achète-t-il une image vertueuse à peu de frais ?

La présence de son Ambassadeur aux côtés du Ministre des Eaux et Forêts a été présentée comme le symbole d’un partenariat solide. Pour certains observateurs, c’est surtout une mise en scène nécessaire pour une puissance européenne en quête de légitimité. Financer le « coffre-fort » de l’ivoire gabonais permet à la France de se positionner en protectrice des trésors du pays, tout en évitant les sujets plus épineux de la souveraineté économique ou de la présence militaire.

Le financement à 100 % par l’AFD soulève une question de fond : pourquoi le Gabon, leader mondial de la diplomatie climatique, doit-il encore s’en remettre entièrement à l’ancienne métropole pour sécuriser son propre patrimoine faunique ?

Une dépendance persistante : L’aide au développement reste le bras armé de la diplomatie française. En acceptant ce « cadeau » clé en main, le Gabon renforce, malgré lui, l’idée d’une incapacité locale à gérer seule la sécurité de ses ressources stratégiques.

Un enjeu de communication : Pour Paris, ce projet est une aubaine médiatique permettant de redorer son blason auprès de la jeunesse africaine en s’attaquant à une cause consensuelle : la survie de l’éléphant.

La traçabilité de l’aide : Si la centralisation de l’ivoire promet une gestion transparente, l’usage des fonds de l’AFD fait souvent l’objet de critiques sur le « retour sur investissement » pour les entreprises françaises impliquées dans la construction de ces infrastructures de haute sécurité.

Il est indéniable que pour la biodiversité, cette Maison de Stockage est une victoire. Elle offre un outil de traçabilité moderne et rigoureux indispensable à la survie de l’espèce. Toutefois, l’accueil de cette infrastructure par l’opinion publique gabonaise dépendra de la capacité de la France à s’effacer derrière les résultats concrets, plutôt que de transformer chaque brique posée en trophée diplomatique.

Dans un Gabon en pleine mutation, la protection de « l’or blanc » ne doit pas devenir le paravent d’une influence d’un autre âge. Si la France veut réellement soutenir la biodiversité sans froisser les susceptibilités nationalistes, elle devra apprendre à financer sans imposer son image, au risque de voir ce sanctuaire perçu comme un énième symbole de paternalisme.

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